L'enquête publiée par Le Monde (nos éditions des
25, 26 et 27 avril) sur la réforme du ministère des
affaires étrangères (MAE) suscite depuis des débats internes
au sein du corps diplomatique. Au point que ces réactions ont
conduit le ministre, Hubert Védrine, à adresser une mise au
point aux seuls agents du Quai d'Orsay et à créer un espace de
débat interne à son administration sur le site intranet du
ministère.
Notre enquête était divisée en trois volets. Le premier
portait sur les raisons des réformes (les changements
intervenus dans l'environnement international) et les moyens mis
en œuvre pour faire évoluer l'activité et la
"culture" des diplomates ; le deuxième sur
l'absorption de l'ex-ministère de la coopération par le MAE ;
le troisième sur l'ouverture de la diplomatie (vers la société
civile, le secteur privé, les autres administrations de l'Etat),
à travers l'exemple de la gestion civile des crises. A chaque
fois, étaient également évoqués les problèmes et les résistances
auxquels se heurtent les réformes.
Devant les remous internes provoqués par cette enquête,
Hubert Védrine a donc envoyé un "message aux
agents" de la "centrale" parisienne et des
ambassades et consulats à l'étranger. "Depuis 1997,
écrit le ministre des affaires étrangères, je n'ai cessé
de dire que le ministère devait conserver son rôle irremplaçable,
et que pour cela sa modernisation, déjà entamée, devait être
intensifiée. (...) Mais je ne retrouve pas dans ces
articles une juste description de votre action, ni de celle de
Charles Josselin -ministre délégué à la coopération- ni
de la mienne, ni de ce qu'est le ministère des affaires étrangères
aujourd'hui et de la façon dont il change. (...) D'où
ma déception, qui rejoint les réactions de beaucoup d'entre
vous, qui m'ont dit avoir été choqués ou meurtris." Soulignant
l'"attachement au service public et à cette
maison" de ceux auxquels il s'adresse, M. Védrine
leur confie qu'il estime que notre enquête contient
"vraiment trop de contre-vérités", qu'elle est "globalement
erronée dans le troisième article" et qu'il la juge
marquée d'un "parti pris général archaïque de dénigrement".
"UNE GUERRE INTESTINE"
"Je me sens,
écrit-il encore aux agents du Quai,
solidaire de vos sentiments." Cependant, conclut-il,
"un article contestable ne peut (...) remettre
en cause nos ambitions. La modernisation doit être aussi celle
des attitudes. Dans ce cas, cela veut dire garder son calme et
son cap, et démontrer la fausseté des allégations.
D'ailleurs, je vous invite à exprimer personnellement vos réactions
et vos suggestions. Un espace de débat va être créé à cette
fin sur le site intranet du ministère. (...) Continuons
l'indispensable modernisation de cette maison (...) dont
nous savons que notre pays a plus que jamais besoin à l'heure
de la mondialisation".
L'installation de cet "espace de débat" sur
la messagerie interne du Quai (80 % des postes en sont déjà
dotés et 90 % des agents y ont accès) a été ensuite
annoncée dans un télégramme diplomatique (no 32 484) :
"Le suivi du débat, annonce Hubert Védrine, est
confié à Patrick Gautrat, inspecteur général adjoint, et à
Martine Bidegain, consultante en ressources humaines et en
management, ancienne directrice des ressources humaines à
Thomson et Air France."Son terme est fixé au 1er juillet.
"Vous noterez, ajoute le ministre, que M. Gautrat
et Mme Bidegain ne donneront pas l'identité des
contributeurs si ceux-ci demandent que leur anonymat soit préservé."
Parallèlement, dans un tract, l'Usmae, syndicat affilié à
l'Union nationale des syndicats autonomes, accuse implicitement
la direction du Quai d'Orsay et la CFDT d'être à l'origine de
la "provocation"que constituerait l'enquête du
Monde, et d'avoir "déclenché une guerre
intestine entre les agents et leur hiérarchie". Ce
syndicat, sous le titre "Halte au dénigrement, oui au
droit de réponse", a lancé une souscription parmi
les fonctionnaires du ministère afin de publier une réponse. A
la veille d'élections à la commission administrative paritaire
des adjoints administratifs de chancellerie, prévues pour le 29 juin,
l'Usmae fait de la "fusion des corps" entre
agents de statuts différents, que la direction du Quai souhaite
promouvoir, l'axe de son opposition à certaines des réformes
engagées au ministère.
Sylvain Cypel
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