Hubert Védrine ouvre un espace de débat interne sur l'intranet du quai d'Orsay - Le Monde du 2 juin 2001

Hubert Védrine ouvre un espace de débat interne sur l'intranet du Quai d'Orsay

Le ministre des affaires étrangères réagit ainsi à une enquête du "Monde"

L'enquête publiée par Le Monde (nos éditions des 25, 26 et 27 avril) sur la réforme du ministère des affaires étrangères (MAE) suscite depuis des débats internes au sein du corps diplomatique. Au point que ces réactions ont conduit le ministre, Hubert Védrine, à adresser une mise au point aux seuls agents du Quai d'Orsay et à créer un espace de débat interne à son administration sur le site intranet du ministère.

Notre enquête était divisée en trois volets. Le premier portait sur les raisons des réformes (les changements intervenus dans l'environnement international) et les moyens mis en œuvre pour faire évoluer l'activité et la "culture" des diplomates ; le deuxième sur l'absorption de l'ex-ministère de la coopération par le MAE ; le troisième sur l'ouverture de la diplomatie (vers la société civile, le secteur privé, les autres administrations de l'Etat), à travers l'exemple de la gestion civile des crises. A chaque fois, étaient également évoqués les problèmes et les résistances auxquels se heurtent les réformes.

Devant les remous internes provoqués par cette enquête, Hubert Védrine a donc envoyé un "message aux agents" de la "centrale" parisienne et des ambassades et consulats à l'étranger. "Depuis 1997, écrit le ministre des affaires étrangères, je n'ai cessé de dire que le ministère devait conserver son rôle irremplaçable, et que pour cela sa modernisation, déjà entamée, devait être intensifiée. (...) Mais je ne retrouve pas dans ces articles une juste description de votre action, ni de celle de Charles Josselin -ministre délégué à la coopération- ni de la mienne, ni de ce qu'est le ministère des affaires étrangères aujourd'hui et de la façon dont il change. (...) D'où ma déception, qui rejoint les réactions de beaucoup d'entre vous, qui m'ont dit avoir été choqués ou meurtris." Soulignant l'"attachement au service public et à cette maison" de ceux auxquels il s'adresse, M. Védrine leur confie qu'il estime que notre enquête contient "vraiment trop de contre-vérités", qu'elle est "globalement erronée dans le troisième article" et qu'il la juge marquée d'un "parti pris général archaïque de dénigrement".

"UNE GUERRE INTESTINE"

"Je me sens, écrit-il encore aux agents du Quai, solidaire de vos sentiments." Cependant, conclut-il, "un article contestable ne peut (...) remettre en cause nos ambitions. La modernisation doit être aussi celle des attitudes. Dans ce cas, cela veut dire garder son calme et son cap, et démontrer la fausseté des allégations. D'ailleurs, je vous invite à exprimer personnellement vos réactions et vos suggestions. Un espace de débat va être créé à cette fin sur le site intranet du ministère. (...) Continuons l'indispensable modernisation de cette maison (...) dont nous savons que notre pays a plus que jamais besoin à l'heure de la mondialisation".

L'installation de cet "espace de débat" sur la messagerie interne du Quai (80 % des postes en sont déjà dotés et 90 % des agents y ont accès) a été ensuite annoncée dans un télégramme diplomatique (no 32 484) : "Le suivi du débat, annonce Hubert Védrine, est confié à Patrick Gautrat, inspecteur général adjoint, et à Martine Bidegain, consultante en ressources humaines et en management, ancienne directrice des ressources humaines à Thomson et Air France."Son terme est fixé au 1er juillet. "Vous noterez, ajoute le ministre, que M. Gautrat et Mme Bidegain ne donneront pas l'identité des contributeurs si ceux-ci demandent que leur anonymat soit préservé."

Parallèlement, dans un tract, l'Usmae, syndicat affilié à l'Union nationale des syndicats autonomes, accuse implicitement la direction du Quai d'Orsay et la CFDT d'être à l'origine de la "provocation"que constituerait l'enquête du Monde, et d'avoir "déclenché une guerre intestine entre les agents et leur hiérarchie". Ce syndicat, sous le titre "Halte au dénigrement, oui au droit de réponse", a lancé une souscription parmi les fonctionnaires du ministère afin de publier une réponse. A la veille d'élections à la commission administrative paritaire des adjoints administratifs de chancellerie, prévues pour le 29 juin, l'Usmae fait de la "fusion des corps" entre agents de statuts différents, que la direction du Quai souhaite promouvoir, l'axe de son opposition à certaines des réformes engagées au ministère.

Sylvain Cypel

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